Réponse A GAUCHE 100% d'Alain LAFFONT à la FSU





Chers amis et chers camarades,



J'ai lu avec attention votre courrier ainsi que les 12 mesures d'urgence pour l'éducation avancées par votre fédération qui me semblent totalement légitimes et fondées pour améliorer le fonctionnent du système éducatif et favoriser la réussite de tous les élèves.



Au delà de ces convergences, je me permet de vous faire part de quelques éléments de réflexion plus généraux pour démocratiser réellement l'accès aux savoirs et mieux prévenir et prendre en charge les difficultés des élèves en commençant par faire la clarté sur le diagnostic. Les politiques et les contre réformes néolibérales de ces dernières années pour ne pas dire décennies ont une responsabilité directe dans une situation marquée à la fois par l'explosion de la précarité et de la misère sociale et la destruction et la dénaturation de l'école publique. Et les politiques éducatives qu'elles soient déclinées par Darcos ou Chatel ou l'aient été par Claude Allègre participent du même objectif : mettre directement l'école au service de l'économie de la connaissance et de sa compétitivité comme le disent crument la Stratégie de Lisbonne et les grandes institutions européennes



Le problème est que dans cette conception asservie de l'école, il n'y a plus de place pour la lutte contre les difficultés et l'échec scolaire. C'est intégralement une école de la concurrence et de la compétition au service d'objectifs économiques et financiers.. Beaucoup de jeunes qui n'ont pas les moyens d'aller chercher du coté de réseaux privés ce que l'école publique ne peut plus leur offrir devront se contenter du Smic culturel que représente aujourd'hui le programme appauvri du « socle de connaissance et de compétences » qui est censé les rendre employables dans la jungle néolibérale. Mais les plus démunis socialement et scolairement seront brutalement décrochés et placés dans des dispositifs de relégation qui les excluent de fait de l'école et les placent à l'école de l'exploitation en entreprise et des stages bidons.. Le seul traitement du décrochage scolaire proposé aujourd'hui est une « rééducation » sociale, comportementale et sécuritaire.

Pour faire reculer réellement l'échec scolaire , il y a au minimum me semble-t-il trois conditions. Il faut du temps pour l'apprentissage des savoirs. Or dés les classes de primaire ce temps a été réduit.. Il faut des personnels compétents et - RGPP oblige .. et il semble bien qu'elle doive être poursuivie...- ceux ci ont été réduits et précarisés.. Il faut enfin faire de l'acquisition et de la transmission de savoirs émancipateurs la priorité et cette priorité a été abandonnée. Dans cette école néolibérale et profondément inégalitaire, l'on s'éloigne chaque jour un peu plus de l'ambition de transmettre de façon plus égalitaire davantage de culture, d'éducation, de qualification à un nombre plus important de jeunes.

Nous agirons pour notre part pour qu'un vraie rupture ait lieu ce qui est à la fois une question de moyens mais aussi d'orientation de fond et de ce point de vue là nous ne cachons pas que le projet d'école du PS largement inscrit dans l'agenda néolibéral européen est très éloigné de ce que l'on serait en droit d'attendre pour la reconstruction, de la maternelle à l'université d'une école commune. Ainsi le maintien de la Loi LRU pour les universités est-il inquiétant


J'estime que tous les jeunes doivent pouvoir apprendre dans un cadre scolaire identique et unifié au moins jusqu'à la fin du collège. Peut être des pédagogiques différentes peuvent-elle être mises en œuvre mais rien ne justifie les ségrégations sociales et scolaires qui se sont accentuées au cours de ces dernières décennies au sein même des trois voies principales de formation. La voie professionnelle est par exemple bradée au profit du tout apprentissage patronal ce qui semble faire hélas consensus entre la droite et le PS. De nombreuses questions demeurent : la voie technologique sera-t-elle pérennisée ou au contraire condamnée à disparaître ? Les réformes récentes de la voie générale et les dispositifs d'individualisation des parcours au nom du « libre choix » des élèves, de formes flexibles et de rythmes variables de scolarisation qui font éclater la plupart des repères vont-elles être remises en question ?Nous constatons que la philosophie du « socle commun des compétences » n'est pas non plus questionnée alors que l'on là aussi confronté à une mise au norme des programmes par la logique des compétences qui est particulièrement dangereuse. La généralisation « numérique » du tristement célèbre Livret personnel de compétence, qui est à la fois « une usine à case » et un instrument pernicieux des fiches et de flicages des élèves en est l'illustration

Nous partageons votre dénonciation du dispositif Eclair, qui est à sa façon très clair : les difficultés scolaires sont devenues le prétexte à dérèglementation, imposition des critères du management privé, éclatement du service public et mis en concurrence des établissement soumis à diminution constante de moyens humains et matériel en même temps qu'à des « contrats d'objectifs et de moyens » délirants et dépourvus de sens. C'est exactement le contraire qu'il conviendrait de faire : donner partout la priorité et les moyens d'exister à une conception large, humaniste, émancipatrice de l'éducation et de la formation.

Poursuite sans limite de la marchandisation et de normalisation néolibéralede l'école, du savoir et de la culture ou socialisation et réappropriation citoyenne d'une école commune , voilà je crois les termes de l'alternative.



En espérant la poursuite du dialogue et de larges convergences unitaires d'action pour défendre et faire vivre l'école publique et ses valeurs de laïcité et d'égalité, je vous présente mes meilleures salutations militantes.





Alain Laffont

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